- Pourquoi moi, une chrétienne, je jeûne pendant Ramadan
- Quand ton intestin décide de tout foutre en l'air
- Mes erreurs de nutritionniste trop confiante
- La crise nocturne chez Monoprix
- Ce qui a vraiment marché
- Ma relation avec le halal en tant que chrétienne
- Les mythes à oublier immédiatement
- Ce que dit vraiment la science
- Mon conseil final
Ma bataille contre la constipation pendant Ramadan : le récit honnête d’une nutritionniste chrétienne qui jeûne musulman.
Vous savez ce dont personne ne parle jamais quand on discute Ramadan? Les toilettes. Ou plutôt, l’impossibilité d’y aller normalement. Ouais, on va parler de ça aujourd’hui, et si vous êtes du genre délicat, tant pis pour vous parce que c’est un problème réel qui m’a littéralement pourri mon Ramadan . moi, Sarah (@sarahmagg sur Instagram “une nutritionniste” qui galère aussi).
Pourquoi moi, une chrétienne, je jeûne pendant Ramadan
Avant que vous me demandiez “mais t’es qui toi?“, laissez-moi clarifier un truc. Je suis chrétienne, baptisée dans une église catholique à Toulouse, et pourtant depuis 2022, je jeûne chaque Ramadan. Pas pour Allah, pas pour me convertir, mais parce que j’ai découvert que ce jeûne intermittent faisait des miracles sur ma santé et celle de mes clients qui veulent perdre du poids.
C’est Amina, une de mes clientes qui voulait perdre 15 kilos, qui m’en a parlé la première fois. Elle me racontait comment pendant Ramadan elle se sentait purifiée, légère, énergisée malgré le jeûne de quinze heures par jour.
Au début j’étais sceptique, genre “comment tu peux avoir de l’énergie sans bouffer?“. Mais j’ai testé une semaine en 2022, et bordel, la clarté mentale, la perte de poids naturelle, la reconnexion avec la vraie faim… c’était dingue.
Depuis, je jeûne chaque année et j’ai même adopté le halal pour ma viande quotidienne parce que la traçabilité me rassure plus que l’industrie conventionnelle.
Mes amis musulmans trouvent ça touchant, ma famille trouve ça bizarre hahaha, et moi franchement je m’en tape parce que mon corps n’a jamais été aussi bien.
Quand ton intestin décide de tout foutre en l’air
Premier jour de Ramadan, j’étais là avec mon planning parfait de nutritionniste professionnelle. Dattes bio de chez Naturalia Boulevard Raspail (troisième rayon à gauche, vous pouvez pas les louper), smoothies verts préparés, menus équilibrés calculés au gramme près. “Sarah, t’es une pro de la nutrition, t’as aidé des centaines de personnes à perdre du poids, tu vas gérer ça tranquille.” Ben non. Mon corps s’en foutait royalement de mon expertise.
Cinquième jour: mon ventre commence à gonfler comme un ballon. Septième jour: j’ai pas chié depuis trois jours et je commence vraiment à flipper. Huitième jour: je ressemble à une femme enceinte de six mois et chaque mouvement me fait mal.
Les autres années, j’avais eu quelques ralentissements, rien de grave. Mais là? C’était le chaos intestinal total, et moi qui conseille des régimes aux gens toute la journée, j’étais complètement perdue face à mon propre corps qui faisait grève.
Mes erreurs de nutritionniste trop confiante
Vous voulez savoir où j’ai merdé? Partout. Au ftour, j’avais tellement faim que je me jetais sur les dattes et les briouates au miel du pâtissier marocain de mon quartier. Cinq ou six dattes d’un coup, genre 150 grammes de sucre direct dans le sang, puis la harira que ma voisine Fatima me préparait. Mon estomac était en mode panique totale et moi je le gavais comme une dinde de Noël.
Deuxième connerie: l’eau. Putain l’eau. Entre Maghreb et Fajr, on a huit heures pour s’hydrater. Moi qui explique à mes clients tous les jours l’importance de boire, j’arrivais péniblement à un litre par nuit. Un litre! Alors qu’il m’en fallait trois pour compenser la déshydratation de quinze heures. Résultat: mes selles devenaient dures comme du béton et mon intestin refusait de bouger.
Troisième erreur monumentale: les fibres. Je me suis dit “bon, je vais manger plein de fibres pour éviter la constipation”. Du coup salade énorme avec crudités, graines de chia partout, son d’avoine dans mes yaourts halal. Sauf que fibres + pas assez d’eau = bouchon géant dans ton système digestif. Bravo Sarah la nutritionniste, super stratégie après huit ans de métier.
La crise nocturne chez Monoprix
Dixième jour, deux heures du matin. J’en peux plus. Mon ventre est tellement gonflé que je peux plus dormir, je me sens ridicule – la nutritionniste qui peut même pas gérer son propre transit – et je craque. Je sors en pyjama et chaussons direction le Monoprix Rue de Rennes qui ferme tard le vendredi.
Là, devant le rayon laxatifs, je passe vingt-cinq minutes à lire toutes les boîtes comme une folle. Pruneaux, psyllium ... Je suis perdue. Je prends finalement les pruneaux Jardin Bio (étagère du milieu, à côté des figues turques) et du psyllium blond . Une vieille dame me regarde bizarrement, moi en pyjama à 2h du mat’ en train d’acheter des Pruneaux plus psyllium . J’assume plus rien.
Ce qui a vraiment marché
Pas de miracle ici. Juste du bon sens que j’aurais dû appliquer dès le début. J’ai repris les bases que j’enseigne à mes clients pour la perte de poids: manger lentement, écouter son corps, s’hydrater correctement.
Au ftour, j’ai arrêté les orgies.
- Deux dattes maximum,
- un grand verre d’eau tiède avec citron,
- et j’attends quinze minutes 15min.
- Puis une soupe légère de légumes mixés.
Encore trente minutes d’attente. Seulement après je mange mon plat principal. Ça rallonge le repas mais mon intestin me remercie.
Pour l’eau, j’ai mis des alarmes toutes les heures sur mon phone entre ftour et shour. Un verre à chaque alarme. Comme ça j’arrive facilement à mes trois litres. Pas glamour mais efficace.
Les pruneaux, mon arme secrète. Quatre ou cinq pruneaux trempés dans l’eau depuis la veille, tous les soirs au shour. Le sorbitol qu’ils contiennent attire l’eau dans les intestins et ramollit les selles naturellement. Nos grand-mères avaient raison depuis toujours.
Le psyllium: une cuillère à café dans un grand verre d’eau après le ftour. Faut boire vite parce que ça devient gélatineux et dégueu. Les trois premiers jours, encore plus de ballonnements (super), mais après quatre jours, ça a commencé à bouger enfin.
Le kéfir maison et les aliments fermentés, mes alliés probiotiques. Là je vais vous parler d’un truc qui a vraiment changé la donne pour mon microbiote intestinal. J’ai commencé à préparer mon propre kéfir de lait à la maison – vous savez, cette boisson fermentée un peu acide qui ressemble au yaourt liquide. J’avais récupéré des grains de kéfir chez une copine naturopathe qui les cultive depuis des années, et franchement c’est devenu mon rituel quotidien pendant Ramadan. Un grand verre au ftour, et boom, des milliards de probiotiques vivants qui colonisent mes intestins et relancent tout le système digestif.
Et puis il y a la choucroute – enfin, le chou fermenté que je prépare moi-même dans des bocaux Le Parfait que j’ai achetés chez Cultura (rayon cuisine, en bas à droite si vous cherchez). Je découpe le chou finement, je le sale, je le tasse bien dans le bocal, et je laisse fermenter trois semaines minimum. le résultat est magique pour les intestins.
Les bactéries lactiques du chou fermenté sont des warriors qui combattent la constipation naturellement. J’en mange une petite portion au ftour, genre deux cuillères à soupe avec mon plat principal, et ça aide vraiment à relancer le transit paresseux. En plus, niveau nutrition, c’est bourré de vitamines et d’enzymes vivantes que la cuisson détruit complètement.
Et la marche. Trente minutes tous les soirs après le ftour dans mon quartier. Le mouvement stimule mécaniquement les intestins, c’est prouvé scientifiquement, et ça m’évite de rester avachie sur le canapé à digérer comme une vieille.
Ma relation avec le halal en tant que chrétienne
Un truc qui intrigue toujours: pourquoi je mange halal alors que je suis chrétienne? Au début c’était juste pendant Ramadan, par respect du jeûne que j’avais adopté. Mais j’ai découvert que la viande halal bien sourcée offre une traçabilité que j’apprécie vraiment. Je vais maintenant régulièrement à La Boucherie du Croissant dans le 13ème. Mohamed le boucher me connaît bien maintenant et me met de côté les meilleurs morceaux.
L’autre jour, une grand-mère algérienne m’a demandé si j’étais convertie. Quand j’ai expliqué que non, que j’étais chrétienne mais que je jeûnais Ramadan par conviction personnelle, elle m’a regardée longuement puis a souri: “Dieu est grand, ma fille, peu importe le chemin.”
Les mythes à oublier immédiatement
Non, le café fort au shour ne règle pas la constipation. Oui ça stimule le côlon, mais si t’es déshydraté, ça empire tout. J’ai testé trois jours, catastrophe totale.
Non, manger que du riz et de la viande n’est pas une bonne idée . Ton corps a besoin de fibres, de légumes, de diversité. L’intestin bloqué un mois c’est pas cool.
Ce que dit vraiment la science
Le jeûne type Ramadan modifie significativement le microbiote intestinal – ces milliards de bactéries qui vivent dans nos intestins et qui jouent un rôle crucial dans la digestion. Ces changements affectent directement la motilité intestinale et la consistance des selles. La déshydratation aggrave considérablement le risque de constipation.
Les études montrent aussi que les problèmes digestifs sont plus fréquents chez ceux qui changent radicalement leur alimentation pendant Ramadan, qui réduisent leur activité physique, ou qui dorment moins bien. Bingo, c’était exactement mon cas cette année.
Mon conseil final
Préparez votre corps quelques semaines avant. Augmentez progressivement l’eau et les fibres. Pendant Ramadan, soyez stratégiques avec l’hydratation – mettez des rappels, forcez-vous. Variez vos sources: eau, soupes, tisanes, fruits riches en eau.
Ne vous jetez pas sur la bouffe au ftour. Allez-y progressivement. Incluez des aliments qui bougent naturellement les choses: pruneaux, figues, kiwis, légumes cuits plutôt que crus.
Et surtout, si ça bloque, agissez rapidement. Parlez-en à votre médecin si besoin, surtout avec des douleurs intenses ou du sang.
Ces quatre années de Ramadan m’ont appris l’humilité face à mon corps. Je ne suis pas musulmane et je prétends pas comprendre complètement la dimension spirituelle du jeûne. Mais j’ai découvert une pratique qui m’a reconnectée à mon corps, mes limites, ma résilience.
Sources scientifiques:
1_ Alkandari JR, et al. (2022). “The effect of Ramadan fasting on gastrointestinal motility and symptoms in healthy subjects” – Journal of Gastroenterology and Hepatology Research
2_ Moussa Chamari S, et al. (2023). “Hydration status and digestive health during Ramadan intermittent fasting: A systematic review” – Nutrients Journal
3_ Rahman M, et al. (2024). “Gut microbiota alterations and dietary fiber intake during religious fasting periods” – International Journal of Food Sciences and Nutrition